Serra au Jardin des Tuileries

 


« Que sera sera », etc esthèteSerra…

Yak Rivais

 

Les parcs londoniens sont des îlots de nature dans la ville. Vous quittez un monument, Buckingham Palace par exemple, et vous êtes à la campagne sur des pelouse, sous de hauts platanes où jouent les écureuils.
Les parcs à la française ont une vocation contraire. Prenez le jardin des Tuileries à Paris. Quadrillage de larges allées ouvert sur la ville et les monuments: d’un côté vous voyez le Louvre et sa cour, de l’autre la Concorde, les Champs Elysées, l’Arc de Triomphe, jusqu’à  la Défense. Les jardins français s’appuient sur la rigueur, l’ordre, la pensée cartésienne ouverte jusqu’à l’horizon sans entraves.
Or voilà qu’à l’entrée du jardin, on a érigé une palissade en acier rouillé. Deux parties en nasse : 30 mètres de longueur chacune en trois lais de 4 mètres de hauteur. C’est un coûteux machin américain planté à l’occasion d’une exposition au Grand Palais, en mai-juin 2008. L’œuvre, achat du Fonds municipal d’art contempourien, est prêtée par la ville de Paris avec le soutien de The Broad Art Foundation et Gagosian Gallery. La double palissade engage le public à sortir ou entrer par le goulot. Deux personnes sur trois contournent les ferrailles. Mais des foules de gens lui donnent des coups de pied, laissent dessus des centaines d’empreintes de semelles. J’ai vu un jeune enfant qui avait tout compris essayer d’y placer l’empreinte des roues de sa trottinette.
Que souhaitaient donc faire les responsables de l’installation ? Du révisionnisme, la droite française perd son temps à raboter ce qui la dépasse (comme Koons à Versailles). Un symbole pesant à l’heure où son président, reniant ses prédécesseurs, allait s’inféoder à Bush : l’interruption de la vision française (art, culture, histoire, pensée rationaliste) assénée par un coup de tampon US. Pensée limitée : circulez. Et pour voir loin, entrez dans la nasse, inféodez-vous aussi. Je ne sais pas à qui cela profite. Qui essaie de faire mousser une cote privée avec l’argent public en imposant aux promeneurs ce fascisant jeu de fourches caudines. Maintenant qu’Obama a remplacé le crétin de Washington, combien de temps les « cravates à rayures » de l’hexagone mettront-elles à se débarrasser de la ferraille ? Dans « L’homme qui en savait trop », Doris Day chantait une scie : « Que sera sera », etc esthèteSerra…

Y.R.